La prise de parole 1/2 – carnet de coach
« Comment travaillez-vous ? » me demandent souvent les DRH en rendez-vous client. Difficile de répondre de façon satisfaisante à cette question bien légitime, sans trahir les nuances d’un travail qui porte sur la relation. Je vais m’atteler ici à étayer une réponse via le thème de la prise de parole, sur lequel je suis souvent sollicité. Morceaux choisis, et transformés, dans le respect de l’anonymat des parties prenantes.
L’intention
« Je ne sais pas par quel bout le prendre, je me noie », dit un coaché de son rapport à la parole. Partant de cet univers aquatique – le coach entre dans l’univers du coaché et le fait monter dans sa voiture – je pose l’intention comme étant à la parole, ce que la proue est au navire : elle permet de fendre les flots. L’intention claire fait la parole claire ; voilà une assertion insubmersible qui (re)met le coaché à bord. On peut alors explorer ce champs de l’intention: quelle est-elle ? Valoriser ? Convaincre ? Soutenir ?
Une fois installé dans la relation, le coach, en auditeur de confiance, renvoie en écho les intentions dissonantes que lui parviennent : « vous me donnez le sentiment de vouloir vous protéger, ça vous parle ? ». Il ne s’agit pas de censurer mais de donner à penser les angles morts. Plus loin encore dans l’échange, l’intention pourra être questionnée dans son rapport au système: En quoi sert-elle une ambition ? Et s’inscrit-elle dans un collectif ?
L’architecture
Pour des coachés, la parole est une projection aérienne qui a tout d’un saut dans le vide. La parole est un fil. Le sujet de la consistance s’invite en séance.
Il s’agit alors de « faire sentir » la densité de cet édifice sonore: intention/ objectifs/ illustrations concrètes/ conclusion. La prise de parole se prépare – toujours – même d’une simple esquisse. D’ailleurs, j’invite le coaché à la dessiner, ainsi que l’environnement dans lequel elle s’inscrit. Le coaché prend conscience qu’il peut équiper sa parole d’une charpente qui sera autoporteuse, même en l’air.
Le lieu de l’élaboration
Propos d’un coaché en prise de poste: « on me dit que mes interventions manquent de fond». Le sentiment d’imposture n’est pas loin: « on m’a choisi mais je n’ai rien à dire ».J’introduit une pensée alternative à cet autodénigrement : « et si c’était la position que l’on tient qui engage une responsabilité nouvelle sur la prise de parole ? » Un non dit de la fiche de poste en quelque sorte. Partant de là, le coaché est invité à cartographier le lieu de l’élaboration de sa parole : Quel temps consacré à penser ? Quelles lectures ? Quels échanges ? Avec qui ? Cette exploration amènera le coaché à des arbitrages d’agenda, à la marge soit, mais à la source. Cette exploration dessine aussi en creux une vision de la fonction occupée.
