Prise de parole 2/2 – carnet de coach

Poursuite de notre exploration de l’accompagnement à la prise de parole. Le coaché convoque parfois des territoires inattendus ; je me concentre sur le cadre, pour mieux laisser le coaché déplier son univers et y trouver ses solutions

Le corps
« Le plus dur c’est de se lancer » – voilà une phrase de début de séance sur laquelle je ne peux que rebondir même si je ne vois pas bien où la balle va atterrir.  « Lancer une parole, ça consiste en quoi ? Ca part d’où ? Du pied ? de la main ? » Regard interdit du coaché => solitude du coach. Reprise : « Si vous observez votre entourage, et que vous coupez le son, que pourriez-vous dire du corps de celui qui parle ? » Là il y a beaucoup à dire : penché sur la table, adossé au siège… « Si vous deviez deviner d’où l’orateur tire son énergie, que diriez-vous ? Quel effet sur l’auditoire ? » Nouveau focus sur le coaché : « Ressentez le 1er élan de votre verbe, quel est le muscle qui est mobilisé ? le ventre ? les pieds ? » C’est ainsi qu’une séance d’accompagnement peut se faire debout et passer dans le corps. Quand un point d’appui est trouvé, c’est la parole qui se fortifie.

L’imaginaire
Parler de soi – tâche ô combien difficile – même pour celui qui sait si bien commenter des statistiques devant un auditorium bondé. Je propose un détour par l’image. « Laquelle parle du dirigeant que vous êtes ? » Le regard s’arrête sur un flamand rose (!) : pâtes surplombantes, pelage hydrofuge, ailes déployées, deviennent les attributs essentiels du leader. Le coaché vient tisser des liens invisibles entre deux mondes, improbables, et pourtant porteurs de sens. Le regard pétille. Son imaginaire est convoqué en même temps que celui de l’auditoire. La parole devient un espace où tout est possible: pouvoir d’évocation, pouvoir de vision. Que restera-il du flamand rose devant le codir ? Si c’est un regard qui pétille, ça fera la différence.

L’Autre
« Je prends la parole mais à un moment ça lâche, je n’arrive pas au bout ». A-t-on jamais vu un coureur s’engager sur un 100 mètres et s’arrêter avant la ligne d’arrivée ? La prise de parole embourbée dans l’entre deux de son élaboration et de sa projection. Comment travailler ce qui est absent ? Rapidement émerge une identité où la légitimité est questionnée dès l’origine. Porteuse de sens, l’identité touche aussi ses limites dans une Entreprise par définition aventure collective. On prend l’angle de l’héritage, et de ses valeurs forgées dans l’adversité. Le mot dignité est prononcé. Le sujet de la reconnaissance par l’autre fait irruption. « Y’a-t-il des figures qui soutiennent ? » Un manager, un mentor entrent en scène, et avec lui des qualités d’être qui viennent toucher le coaché, presqu’en dépit de lui-même. L’un d’entre eux conclue « cette prise de parole, je vais la faire pour moi ». « Moi » devient un autre. Un jeu s’installe entre « je » et celui qui parle, où la parole se déploie.